Pureté

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Chypré, hépéride floral

Pyramide olfactive

Elemi, Bergamote,
Lavande, YlangYlang
Musc blancs, Benjoin, Bois de copahu

Et voici que les brises amicales l’apportent
Jusqu’ici, dans ces jardins vaporeux et déserts,
Semblable au doux murmure des vagues de la mer,
Lorsqu’elle se meurt, au loin, sur le sable des plages...
Un souvenir de nuit divine qui se propage
Et qui traîne encore dans le crépuscule bleu...
Un écho des jours plus beaux et des temps plus heureux...
Pas même une chanson, mais une voix sans parole,
Qui ne parle de rien, ne sait rien, mais qui console...
Une ondulation des blés profonds et des eaux
Le silence n’en est pas troublé, ni le repos;
À peine la perçoit-on, tant elle est peu de chose;
Elle ne pourrait pas faire trembler une rose,
Ni éveiller un oiseau. Pourtant en cette voix
Vit tout un monde invisible, enchanté, d’autrefois;
En ce sou e léger, où se mêlent des parfums,
Respirent et soupirent des cœurs longtemps défunts,
Et d’immortels visages, adorables et calmes,
Y sourient à travers des roseaux et des palmes.
On l’entend s’entrouvir en elle, éclore, et puis mourir
Les ailes et les lèvres ardentes du Désir,
Et les douces paroles, heureuses et sacrées,
Qu’en ces ténébreux buissons l’Amour a murmurées,
Sa résonance d’or emplit encore les cieux:
Il faut prêter l’oreille à son chant mystérieux
Le songe qui la pénètre laisse dans l’âme une ombre,
Et le bonheur, qui s’en éveille dans la pénombre,
Hésite et pâlit. Voyez : Déjà c’est l’avenir,
Les cîmes éternelles commencent à bleuir,
Dans les airs doux et pâles les étoiles se fondent,
Un jour nouveau se lève dans la splendeur du monde
Celles qui sortent, en ce voluptueux matin
Qu’emplit encore l’étrange écho du soir lointain,
Joyeuses, mais tremblantes, craintives, elles toutes,
Sur la pointe des pieds, silencieuses, l’écoutent
Immobiles, et d’un doigt sur les lèvres posé
Retenant leurs doux souf es, ainsi que leurs baisers,
Elles l’écoutent mourrir dans les eurs matinales,
Dans l’éblouissement de leurs âmes virginales,
Mourrir, la prestigieuse et souveraine voix
Qui chante dans l’aurore pour la dernière fois
Et meurt, souriante et lasse, à leurs songes pareille,
Parmi les eurs qui s’ouvrent, qui tremblent, qui s’éveillent.

Charles Berry, Rouen, 2015

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